Pour Vincent, Édouard et Aurore, la ferme familiale n’a pas disparu avec le départ progressif de la génération précédente. Elle est devenue le point de départ d’un nouveau projet. Et dans leurs trois parcours, une même question revient : comment continuer ce qui a été construit avant soi, sans forcément faire exactement comme avant ?
Reprendre une ferme, c’est d’abord reprendre une histoire
Vincent a grandi dans la ferme familiale du Centre-Val de Loire. “Je suis arrivé ici tout petit, mes parents et grands-parents ont exploité cette ferme. C’est plusieurs générations d’histoires”. Il reprend l’exploitation avec son frère en 2007, avant de poursuivre l’aventure seul à partir de 2017. Quelques années plus tard, il a fait un choix qui marque une nouvelle étape : passer en agriculture biologique. “C’était une volonté personnelle. J’ai envie de développer une agriculture autonome avec des semences fermières et de vieilles semences, des vieilles variétés”. L’histoire familiale reste donc bien présente. Mais le modèle évolue.
C’est aussi ce qui se joue à Oradour-Saint-Genest, en Haute-Vienne, chez Édouard. Son grand-père s’y était installé dans les années 1960. Son père a ensuite repris l’exploitation avec son oncle. Aujourd’hui, Édouard poursuit l’aventure avec son frère, sur une ferme de 80 hectares en polyculture-élevage, principalement basée sur l’herbe et le pâturage. “Depuis le début, la ferme familiale est en agriculture biologique. C’était assez pionnier à l’époque, et nous avons choisi de conserver ces pratiques”. Chez Aurore, le lien à la ferme familiale prend encore une autre forme. Elle a grandi pendant 17 ans dans l’exploitation caprine de ses parents. Après des études spécialisées dans l’élevage caprin et la transformation fromagère, elle décide de relancer cette activité sur la ferme. “Mon objectif est de bâtir une entreprise de A à Z qui soit le reflet de mes convictions”. Trois parcours, trois histoires. Mais un même constat : reprendre une ferme familiale ne signifie pas forcément reproduire le modèle précédent.
Une nouvelle génération qui veut décider
Ce qui change, c’est aussi le rapport au métier. Pour Édouard, s’installer signifie avant tout entreprendre. “J’avais besoin de construire quelque chose pour moi et pour ma famille. Être à mon compte me permet de capitaliser sur le long terme et de tester mes idées plus librement”. Pour Aurore, cette indépendance est tout aussi centrale. “En tant qu’exploitante, je deviens la seule décisionnaire de l’organisation du travail”. Et chez Vincent, cette volonté d’autonomie se traduit directement dans les pratiques agricoles. Il produit lui-même l’alimentation de ses animaux, utilise des semences fermières et cherche à réduire au maximum sa dépendance aux achats extérieurs. “Le premier sou qu’on gagne, c’est celui qu’on ne dépense pas”. Derrière cette phrase, il y a une réalité économique très concrète : réduire les achats d’intrants permet aussi de mieux maîtriser les charges de l’exploitation. Mais Vincent y voit également quelque chose de plus personnel : “D’un point de vue trésorerie, c’est beaucoup plus linéaire. Et surtout pour la tête, c’est plus serein et satisfaisant”.
Le nouveau visage de la ferme familiale
Ces trajectoires s’inscrivent dans une transformation beaucoup plus large. Le renouvellement des générations est devenu un enjeu central pour l’agriculture française. Le ministère de l’Agriculture estime que la moitié des agriculteurs français prendra sa retraite d’ici 2030. Et le sujet dépasse largement la seule question de l’âge. Une installation doit permettre de trouver du foncier, de financer un outil de production, de choisir un modèle économique et parfois, de transformer profondément l’exploitation existante. INRAE souligne ainsi que la réussite d’une installation, qu’elle soit familiale ou non, dépend notamment des moyens financiers et de l’accès au foncier. C’est précisément là que les parcours de Vincent, Édouard et Aurore deviennent intéressants. Ils ne reprennent pas seulement des hectares. Ils reprennent une base sur laquelle construire leur propre modèle.
Et les terres dans tout ça ?
Pour une ferme familiale, le foncier est souvent le lien le plus concret entre les générations. Mais c’est aussi l’un des principaux obstacles à la transmission. Vincent a fait appel à Hectarea parce que les propriétaires souhaitaient vendre des terres exploitées par sa famille depuis des générations. “Je ne peux pas tout acheter, Hectarea m’aide à continuer à exploiter, tout en me permettant de maintenir mes projets agro-touristiques”.
Pour Édouard, l’objectif est similaire. “Faire appel à Hectarea me permet de sécuriser le foncier et de me concentrer sur mon outil de production. Cela apporte de la sérénité et demande moins de mobilisation de capitaux”.
Du côté d’Aurore, les terres doivent lui permettre de produire directement le fourrage nécessaire à l’alimentation de son troupeau de chèvres.
Dans les trois cas, le foncier n’est donc pas une fin en soi. C’est ce qui permet au projet de continuer.
Une ferme familiale peut changer sans disparaître
Le grand-père d’Édouard avait choisi l’agriculture biologique avant même que celle-ci ne soit structurée comme aujourd’hui. Vincent a transformé son exploitation pour aller vers davantage d’autonomie. Aurore prépare le retour d’un élevage caprin et de la transformation fromagère à la ferme.
Les trois générations racontent finalement la même chose : une transmission réussie n’est pas forcément celle qui reproduit fidèlement ce qui se faisait avant. C’est parfois celle qui permet à la génération suivante de conserver les terres, le savoir-faire et l’histoire familiale…tout en y ajoutant ses propres convictions. Et c’est peut-être cela, finalement, une ferme familiale : un patrimoine qui se transmet, et continue d’évoluer.




