Dans les prochaines années, une part importante des exploitations françaises va changer de mains. Mais derrière le départ des agriculteurs les plus âgés, un autre phénomène se dessine : les repreneurs ne ressemblent plus forcément à ceux qui leur ont précédé. Alors, qui seront les agriculteurs de demain ?
Une génération arrive au bout du chemin
Le vieillissement de la population agricole n’est plus une tendance lointaine. En 2020, la France métropolitaine comptait 496 365 chefs d’exploitation et coexploitants. La moitié des exploitations était dirigée par au moins une personne âgée de 55 ans ou plus, et plus d’un quart par au moins une personne de plus de 60 ans. Le ministère de l’Agriculture estime qu’un tiers des agriculteurs français prendra sa retraite d’ici 2030. Une mission conjointe du CGAAER et de l’inspection générale des finances estime même que 60 % des chefs d’exploitation actuels pourrait avoir quitté leur activité d’ici 2035. Le sujet n’est donc pas seulement de savoir combien d’agriculteurs vont partir. Il faut surtout savoir ce qui arrivera à leur exploitation.
Et c’est là que commence le véritable défi.
Les futurs agriculteurs ne seront pas tous des fils et filles d’agriculteurs
Pendant longtemps, la transmission familiale a constitué l’une des principales voies d’accès au métier. Mais ce modèle évolue.
Selon une analyse du ministère de l’Agriculture basée sur le Recensement agricole 2020, les installations hors cadre familial représentent désormais 34,3 % des installations réalisées depuis 2010, contre 22,7 % pour les installations antérieures à 2010. Un quart des exploitants en activité en 2020 s’étaient eux-mêmes installés hors cadre familial.
Le phénomène concerne notamment les personnes dites “NIMA”, pour “non issues du milieu agricole”. Leur nombre exact reste difficile à mesurer, car cette catégorie ne correspond pas à une définition statistique officielle. Mais leur présence dans les parcours d’installation est devenue suffisamment importante pour faire évoluer la manière dont on pense le renouvellement des générations. Autrement dit : demain, une partie des fermes françaises sera reprise par des personnes qui n’en n’ont pas hérité.
Et cela change beaucoup de choses. Lorsqu’on ne reprend pas l’exploitation familiale, il faut trouver une ferme, du foncier, du matériel, parfois un logement, mais aussi construire un financement permettant de rendre le projet viable.
Le problème n’est donc pas seulement de trouver des repreneurs
Il existe bien des candidats à l’installation. En 2024, 12 661 chefs d’exploitation se sont installés, selon la MSA. Parmi eux, 8 967 avaient 40 ans ou moins et étaient éligibles aux dispositifs d’aide à l’installation. Mais le nombre d’installations a diminué de 7 % en un an, après une première baisse de 3,6 % en 2023.
Le sujet est donc double : faire émerger suffisamment de nouveaux agriculteurs, mais aussi leur permettre d’accéder aux moyens nécessaires pour s’installer. Le foncier en est un exemple concret. En 2024, le prix moyen des terres et prés libres en France a atteint 6 400 € par hectare, en hausse de 3,2 % sur un an. Pour les terres et prés loués, il s’établissait à 5 220 €/ha.
À cela s’ajoutent les bâtiments, le cheptel, le matériel, les stocks et les investissements nécessaires au démarrage ou au développement de l’exploitation. Le rapport consacré au renouvellement des générations identifie ainsi explicitement les freins financiers et l’accès aux facteurs de production parmi les obstacles à l’installation et à la transmission. C’est une équation particulière : une exploitation peut être viable économiquement et pourtant difficile à transmettre si le coût de la reprise est trop important pour le nouvel installé.
La ferme de demain se joue aussi dans son financement
Le renouvellement des générations ne repose pas uniquement sur le nombre de jeunes qui souhaitent devenir agriculteurs. Il dépend aussi de la capacité du système agricole à faire le lien entre ceux qui quittent le métier et ceux qui veulent y entrer. C’est précisément pour cette raison que la question du financement prend une place croissante dans les réflexions sur l’installation et la transmission. Le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs consacré une étude spécifique aux outils de financement innovants, en constatant que les besoins d’investissement du secteur sont importants alors que l’offre de financement reste insuffisante.
Des dispositifs nouveaux commencent déjà à apparaître. En 2025, le fonds de portage foncier agricole ELAN a ainsi réuni 40 millions d’euros pour permettre notamment l’acquisition et la location des terres sur des périodes de 10 à 25 ans au bénéfice de nouveaux agriculteurs. La loi orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations, promulguée en mars 2025, a également placé l’installation et la transmission au coeur de la politique agricole, avec notamment la création prochaine de France Services Agriculture et de nouveaux dispositifs d’accompagnement des cédants et des porteurs de projets. La ferme française de demain ne sera donc pas seulement façonnée par ceux qui souhaitent reprendre.
Elle le sera aussi par notre capacité collective à rendre ces reprises possibles. Car derrière chaque départ à la retraite, il y a une question très concrète : y aura-t-il quelqu’un pour reprendre la terre, avec les moyens de le faire ? C’est probablement l’une des grandes questions agricoles de la décennie à venir. Trouver la nouvelle génération c’est aussi permettre aux cédants, peut-être vous, de cristalliser le travail d’une vie au travers d’une vente à un bon prix



