Pour celles et ceux qui souhaitent devenir agriculteurs, l’installation ne commence pas toujours par une rencontre avec une ferme. Elle commence souvent par une recherche : quelques hectares ici, une exploitation à reprendre là, une annonce transmise par le réseau professionnel ou une opportunité qui apparaît au détour d’une conversation. Et dans un contexte où près d’un agriculteur sur deux pourrait partir à la retraite d’ici 2030, ces recherches deviennent un enjeu majeur pour l’avenir de l’agriculture française. Mais entre trouver une ferme et pouvoir réellement s’y installer, le chemin est parfois long.
Première difficulté : trouver une ferme à reprendre
En 2023, 13 621 nouveaux chefs d’exploitation se sont installés en France métropolitaine. Parmi eux, 70% avaient moins de 40 ans. Le problème est que, face à ces nouveaux projets, une grande partie des exploitations existantes est elle-même dirigée par des agriculteurs proches de la retraite. En 2023 toujours, l’âge moyen des chefs d’exploitation était de 49 ans. Les exploitants âgés de 55 ans ou plus détenaient à eux seuls 29% de la surface agricole utile. Autrement dit : dans les prochaines années, une quantité importante de terres et d’exploitations devra trouver repreneur.
Mais une transmission agricole ne consiste pas simplement à remettre les clés d’une ferme. Il faut trouver quelqu’un qui corresponde au projet, définir ce qui est transmis, négocier le prix, organiser le foncier, le matériel, les bâtiments, parfois le cheptel…et permettre au futur installé de construire un projet économiquement viable. Et lorsque la transmission ne se fait pas dans la famille, le parcours peut encore se complexifier. Une analyse publiée par le ministère de l’Agriculture souligne notamment les freins financiers, fiscaux et liés à l’accompagnement qui peuvent affecter les installations hors cadre familial. Pour un porteur de projet, la question devient alors très concrète : où trouver la ferme qui correspond à son projet…et comment réunir les moyens de la reprendre ?
Le foncier : quelques hectares peuvent représenter des dizaines de milliers d’euros
Même lorsqu’une opportunité se présente, reste une question centrale : le foncier.
En 2024, le prix moyen des terres et prés libres non bâtis atteignait 6 400 € par hectare en France, en hausse de 3,2 % sur un an. Mais cette moyenne cache de fortes différences selon les territoires. Dans les zones de grandes cultures, le prix moyen atteignait 7 820 €/ha. Dans les zones d’élevage bovin, il était de 4 790 €/ha. En Normandie, le prix moyen des terres et prés libres atteignait 9 340 €/ha. Prenons simplement une exploitation de 40 hectares. À 6 400 € l’hectare, le foncier représente déjà 256 000 €. Et ce chiffre ne comprend ni les bâtiments, ni le matériel, ni les éventuels animaux, ni les investissements nécessaires au démarrage de l’activité. Le foncier n’est donc pas seulement une question de surface.
C’est une question de capital.
Et quand on n’hérite pas de la ferme ?
Pendant longtemps, l’installation agricole a largement reposé sur la transmission familiale. Ce modèle existe toujours, mais les profils des nouveaux agriculteurs se diversifient. Une partie des nouveaux installés arrive aujourd’hui sans reprendre l’exploitation de ses parents, parfois après une reconversion professionnelle ou un parcours extérieur au monde agricole. Le ministère de l’Agriculture souligne ainsi la progression des installations hors cadre familial et des personnes non issues du milieu agricole, tout en rappelant que ces profils restent minoritaires à l’échelle nationale. Pour ces porteurs de projet, le défi est souvent double : trouver une exploitation et construire le financement qui permettra de la reprendre.
Lire aussi : S’installer comme jeune agriculteur : étapes et aides clés
Les dispositifs publics peuvent apporter une partie de la réponse. La Dotation Jeune Agriculteur (DJA), par exemple, constitue une aide en trésorerie destinée aux personnes qui s’installent pour la première fois comme chefs d’exploitation. Son montant et ses conditions dépendent notamment de la région et du projet. Mais une aide à l’installation ne suffit pas nécessairement à couvrir l’ensemble des besoins d’une reprise. C’est là que le financement devient une pièce à part entière du projet.
Installer une nouvelle génération, c’est aussi trouver comment financer les fermes
Le renouvellement des générations agricoles ne dépend donc pas uniquement du nombre de personnes qui souhaitent devenir agriculteurs. Il dépend aussi de leur capacité à accéder aux terres, reprendre des exploitations et financer leur projet. C’est précisément sur ce dernier pont que de nouvelles solutions peuvent intervenir.
Chaque semaine, nous partageons ici des chiffres, des décryptages et des retours d’expérience pour mieux comprendre les réalités de l’installation, de l’agrandissement et de la transmission. Parce qu’avant de financer une ferme, il faut déjà pouvoir la trouver, la reprendre et y construire son avenir.
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